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Hausse du prix du pétrole : Conséquences pour l'économie marocaine

 
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• Type de document : Etude
• Nombre de pages : 9
• Format : .Pdf
• Taille du fichier : 1.82 MB
Extraits et sommaire de ce document
La flambée du cours du pétrole occupe les esprits depuis le début de l'année 2005. Hausse légitime ou irrationnelle, de nombreuses interrogations persistent. Le but de cette note est d'apporter des éléments de réflexion et de réponse ainsi qu'un éclairage sur l'incidence de la hausse des cours du pétrole sur l'économie marocaine.
Forte volatilité du marché pétrolier : Croissance soutenue de la demande pétrolière mondiale La demande pétrolière mondiale s'est élevée à 82 Millions de barils par jour (Mb/j) à fin 2004 contre une prévision initiale de 79,1 Mb/j, effectuée en juillet 2003.
Cette hausse trouve son origine dans plusieurs facteurs : la forte croissance économique du couple Chine/Inde ; la demande chinoise en matière d'énergie a augmenté de 16% en 2004 ; la reprise de l'activité économique aux Etats-Unis ; la demande américaine a connu une augmentation près de deux fois supérieure au rythme annuel moyen ; et la demande grandissante des pays en développement situés aussi bien en Asie qu'en Afrique.
Offre pétrolière impactée par la faiblesse des stocks et l'insuffisance des capacités de raffinage :
L'offre pétrolière mondiale est en hausse régulière sur ces trois dernières années. Fin avril 2005, l'OPEP a décidé, une nouvelle fois, d'augmenter son plafond de production de 0,5 Mb/j. Mais ce sont surtout les anciens pays du bloc soviétique, et en premier lieu la Russie, qui soutiennent cette croissance de l'offre en produits pétroliers.
En conséquence, les capacités résiduelles de production se sont repliées à 2 Mb/j en 2004 contre une norme variant de 3 à 5 Mb/j. Aujourd'hui, les experts estiment que seule la Russie a la capacité d'accroître de manière significative la production pétrolière mondiale. Malgré cette disponibilité conséquente de pétrole brut, la faiblesse des stocks et l'étroitesse des capacités de production, en amont, ont limité l'offre en produits raffinés.
En conséquence, l'Agence Internationale de l'Energie a favorisé une initiative d'injection de 2 Mb/j de produits raffinés sur le marché, pendant une durée de 30 jours et prélevés sur les stocks stratégiques.
Une volatilité des prix expliquée par des facteurs irrationnels :
La flambée du cours du pétrole a été spectaculaire au cours de la période 2001-2005. Il est ainsi passé de $18,7 à fin décembre 2001 à $23,4 en avril 2003, pour finalement s'approcher des $70 en août 2005. L'envolée des prix durant les chocs pétroliers précédents était imputable à une contraction de l'offre des produits pétroliers.
La situation actuelle est tout autre. Elle dépend de facteurs rationnels : la demande mondiale soutenue en raison d'une forte croissance des économies chinoise, indienne et américaine ; la faiblesse des stocks et des capacités de raffinage ; et les séquelles des ouragans Katrina et Rita.
Mais l'augmentation de cette année 2005 est avant tout basée sur des éléments irrationnels. Comme le montre le graphique ci dessous, il existe un écart positif entre l'offre pétrolière mondiale et la demande pétrolière mondiale sur la période 2003- 2005, ce qui devrait se traduire par une baisse des prix et non l'inverse.
Cette déconnexion entre les fondamentaux du marché et les cours du pétrole s'explique alors par des facteurs exogènes : la spéculation sur les marchés à terme, les tensions géopolitiques et la crainte de capacités de raffinage insuffisantes, induisant une exubérance irrationnelle du marché.
[…]
Le Maroc subit de plein fouet la hausse des cours du pétrole :
Facture pétrolière et charges de l'Etat en augmentation continue A fin juillet 2005, le Maroc, second importateur africain de combustibles fossiles, a acheté sur le marché international l'équivalent de 3,9 millions de tonne (mt) de pétrole brut pour une valeur de 12,2 Md Dh contre 3,6 mt pour une valeur de 7,9 Md Dh à fin juillet 2004, soit une augmentation de 9,9% en volume et de 53,5% en valeur.
Le prix de la tonne importée s'est renchéri pour atteindre 3 067 Dh/T en juillet 2005 contre 2 196 Dh/T une année auparavant, ce qui a pour conséquence un accroissement du déficit de la balance commerciale et une augmentation des charges de l'Etat. La Caisse de Compensation demeure le seul organisme public s'occupant de la stabilité du prix des matières premières.
Son déficit, évalué à 2,2 Md Dh à fin 2004, pourrait atteindre 7 Md Dh à fin 2005, selon les estimations du Ministre des Finances et de la Privatisation. La subvention de l'Etat est estimée à 260 MDh par mois pour soutenir les prix à la pompe. Les arriérés de la Caisse de Compensation se sont chiffrés à 2,6 Md Dh à fin mai 2005. L'Etat a supporté 3,4 Md Dh entre janvier et juillet 2005 alors que ce chiffre était de 5,3 Md Dh pour l'ensemble de l'année 2004.
Une économie pénalisée par la hausse des cours du pétrole La flambée durable du prix du pétrole pèse lourdement sur l'économie marocaine, très énergivore. Son efficacité énergétique est très faible. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), pour produire un point de PIB, le Maroc nécessite près de 100% d'énergie en plus que les pays membres de l'OCDE.
L'économie marocaine connaît ainsi, en ce moment, un choc pétrolier de même ampleur que celui qu'ont connu les pays développés au milieu des années 70 et au début des années 80. La Direction de la Politique Economique Générale a réalisé une étude, en 2004, quantifiant l'impact de cette hausse des cours mondiaux du pétrole sur l'économie marocaine.
Un renchérissement de l'ordre de 25% des prix pétroliers, à partir d'un scénario de base de $25 le baril, aurait des répercussions importantes sur les agrégats macro économiques du Maroc, tel que le tableau ci après le révèle. Plus concrètement, les secteurs, directement touchés, sont les branches à vocation exportatrice telles que le transport aérien, le tourisme, le textile, l'habillement et l'agroalimentaire.
Cette hausse du prix du pétrole aura également un impact significatif sur les secteurs de l'économie nationale dont la production est intensive en énergie. A moyen et long terme, les branches de la fabrication de machines, la fabrication de produits minéraux, la plasturgie et la chimie-parachimie traverseront une période délicate.
Dès lors, devant répercuter, à moyen et à long terme, la hausse des cours du pétrole sur le prix final des biens et des services, les entreprises créeront une pression inflationniste diminuant le pouvoir d'achat des consommateurs. Réflexions autour d'une nouvelle politique énergétique : Pour éponger une partie du déficit de la Caisse de Compensation, l'Etat marocain a procédé à l'élévation des prix des carburants à deux reprises en 2005. En revanche, le prix du gaz butane reste inchangé.
[…]
Le gouvernement devrait également établir des politiques industrielles de mise à niveau qui visent la mise en place d'un appareil productif moins consommateur en énergie. Il convient de souligner que le recours au gaz naturel pour les industries, en lieu et place du pétrole ou charbon, permet une économie de 20 à 30 millions de dirhams par milliard de m3 de gaz naturel utilisé à la place.
Dès lors, le gaz naturel constitue une alternative pertinente car moins coûteuse. Pourtant, cette source d'énergie reste très peu utilisée au Maroc où elle ne représente que 0,36% de la consommation énergétique nationale contre 22% en Algérie, 12% en Egypte, 9% en Tunisie et 7% en Turquie.
Le lancement du projet de la centrale à cycle combiné de Tahaddart, d'une puissance totale de 385 MW, devrait impulser un nouvel élan à la politique énergétique marocaine. En effet, elle doit assurer 17% de la consommation électrique nationale. Malgré ces bonnes intentions, l'économie marocaine restera toujours tributaire, sur le moyen terme, des variations du cours du pétrole.
Le Maroc, comme tous les pays en développement consommateurs de pétrole, restera tributaire des fluctuations du cours du pétrole sur le marché international tant qu'une politique énergétique pertinente n'aura pas été mis en place. La facture pétrolière demeurera un vrai problème aussi bien pour l'équilibre de la balance commerciale du pays que pour les finances publiques. L'Etat répercutera cette hausse du cours du pétrole sur le consommateur.
Le pouvoir d'achat de celui ci s'en trouvera fortement affecté avec un risque d'inflation très présent. De ce fait, la croissance économique sera ralentie. Dans le sillage de la nouvelle politique industrielle et afin de tirer la croissance vers le haut, les pouvoirs publics devront promouvoir l'investissement dans des secteurs dont la production est moins énergivore : l'artisanat, l'offshoring, la transformation des produits de la mer, l'automobile, l'électronique et l'agroalimentaire.
Par ailleurs, dans un contexte marqué par la volonté de limiter la consommation des ressources non renouvelables, le gouvernement marocain devra adopter une approche globale, en réponse aux problèmes énergétiques. Ce nouvel état d'esprit passe par une éthique de gestion marquée.
L'Etat devra alors promouvoir un développement durable en cherchant, d'une part, de nouvelles ressources telles que les énergies renouvelables, particulièrement le solaire et l'éolien, et en utilisant efficacement les ressources naturelles à disposition, d'autre part.
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