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La finance islamique et l’investissement à impact social : Cas des coopératives de la région Souss Massa au Maroc

 
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• Type de document : Article académique
• Nombre de pages : 27
• Format : .Pdf
• Taille du fichier : 488.28 KB
Extraits et sommaire de ce document
Au cours de ces dernières années, nous assistons à l’émergence d’une renaissance autour de certains concepts de l’économie du développement, notamment, « le social » et « la solidarité » regroupé dans le concept d’« Economie sociale et solidaire ». Considéré encore comme un phénomène méconnu, le concept d’économie sociale et solidaire est polysémique en fonction du contexte géographique dans lequel il est employé. Désignée sous le nom de « tiers secteur », cette forme d’économie a assisté à sa réussite avec l'apparition de mouvements citoyens, surtout , suite aux évolutions idéologiques universelles (Nyssens, 2006).
En effet, les termes utilisés par la littérature pour désigner cette forme d’économie varient en fonction du contexte économique et cultuel dans lequel celle-ci a émergé. Ainsi, aux États-Unis par exemple, on parle de « Non-profit Sector » ou de « Non-Profit Organizations » (Salamon & Anheier, 1992) . D’autres auteurs emploie la terminologie de « tiers secteur » ou le « troisième secteur » (Defourny & Nyssens, 2013). Enfin, en Europe, son rayonnement s'est concrétisé à travers la notion d’économie sociale qui regroupe trois formes d’entreprises sociales à savoir : les coopératives, les associations et les mutuelles (Defourny & Mertens de Wilmars, 1999).
Au Maroc, une grande partie de l’économie demeure informelle. Dans l’espoir d’apporter des solutions aux besoins des tribus, de nombreuses pratiques citoyennes de solidarité ont vu le jour et constituent les piliers de ce qui est appelé aujourd’hui économie sociale et solidaire.
Dans ce contexte, la mise en place d’une stratégie nationale pour le développement de l’économie sociale et solidaire a fait émerger une prise de conscience générale chez l’ensemble des acteurs nationaux autour de l’importance du secteur de l’économie sociale et solidaire en ce qui concerne la création de la valeur ajoutée et de l’emploi, la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion ainsi que l’aboutissement des différentes stratégies et programmes sectoriels. Cependant, l’utilisation de cette notion demeure récente, comme ailleurs en Afrique francophone, elle repose sur l’organisation de pratiques héritées du bénévolat et de participations à un travail collectif très anciens (Fraisse, Guérin, & Laville, 2007).
Bien que l’économie sociale et solidaire soit promotrice en termes d’impact tant social qu’économique telle que la création d’emplois, ce modèle économique est aujourd’hui freiné par des défis inhérents à sa nature hybride. Ces défis soulèvent de nombreuses questions et suscitent l’intérêt des chercheurs de nombreux horizons géographiques et disciplinaires. Parmi handicapes qui entravent le développement de ce genre d’économie se situe la difficulté d’accès aux sources de financement dites classiques. En effet, leurs revenus faibles, leurs gouvernances et leurs modèles de gestion qui se situent à mi-chemin entre celles des ONG et des entreprises ne leur permettent pas d’accrocher des financements classiques.
Ainsi , les entrepreneurs sociaux , se trouvent obligés d’intégrer la dimension financière avec les objectifs sociaux, qui forment sans doute l’enjeu majeur qui entrave le développement de ce nouveau mode d’entrepreneuriat (Mair & Marti, 2006).
C’est dans ce contexte que les acteurs locaux et internationaux, publics, privés et institutionnels, sont tous appelés à contribuer à la mise en place d’un modèle économique durable. De leurs côté, les institutions financières, s’orientent de plus en plus vers des politiques de prêt plus impliquées socialement et écologiquement. Certaines d’entre elles se concentrent quasi exclusivement sur des projets d’économie sociale et solidaire. Ces banques qualifiées de «sociales», «participatives» ou «éthiques» se fixent comme objectif avoir un impact économique, social et environnemental basée sur la collecte et l’utilisation de l’argent (FEBEA, 2012) .
Ces institutions ont la particularité d’investir dans des activités innovatrices et répondent aux besoins des exclus du système bancaire traditionnel. Leur avantage principal se caractérise par un engagement plus important dans l’économie réelle. En outre, elles peuvent assumer un triple rôle : rôle d’intermédiaire entre l’État et les entreprises sociales, être médiateur entre les entreprises sociales et les institutions locales telles que les banques islamiques et les institutions de microfinance décrites ci-dessous et enfin comme intermédiaire entre les entreprises sociales et les institutions financières internationales.
C’est dans ce contexte de changements frénétiques des pratiques de la finance entrepreneuriale que certains organismes et entreprises de financement publics ou privés tentent d’apporter des solutions de plus en plus accessibles et utiles en termes de financement
en cherchant d’intégrer la dimension éthique dans les pratiques financières. Cette perspective basée sur une approche financière plus durable et plus au service de la société, la finance dite islamique, appartenant au champ de la finance éthique, basée sur des fondements moraux de l’économie, permet d’envisager des modalités financières plus en phase avec les fondements de l’économie sociale et solidaire : elle présente des solutions financières plus convenables aux besoins de cette forme d’entreprenariat.
Conscient des multiples avantages qu’offre la finance islamique en matière d’élargissement de son offre bancaire et l’amélioration de son taux de bancarisation qui demeure très faible, au cours de l’année 2016 , un ensemble d’ instruments législatifs, réglementaires et fiscaux nécessaires au lancement des banques participatives ont été établies. De sa part , le Maroc laisse également ouverte la voie à l’innovation, permettant à de nouveaux outils financiers d’émerger, à des projets non conventionnels de jaillir et à des personnes qui n’adhéraient pas aux principes de la finance conventionnelle d’être intégrées.
Le principal objectif de ce papier sera donc d’étaler, d’analyser et de comprendre comment la finance participative peut-elle représenter un partenaire phare de l’économie sociale et solidaire selon le contexte marocain en répondant à la question suivante : quels sont les facteurs de sélection et du choix des produits de la finance islamique pour financer des projets sociaux et solidaires ? En d’autres termes, notre objectif est d’étudier la façon dont la finance islamique ou participative présente des caractéristiques intéressantes pour les entrepreneurs sociaux en leurs permettant de dépasser cet obstacle d’accès aux sources de financement.
Dans le but d’apporter des réponses à cette question, nous avons structuré notre travail selon la logique suivante. Dans un premier temps, il nous a semblé important de mettre l’accent sur l’évolution de l’économie sociale et solidaire en général et des perspectives historiques de l’économie sociale et solidaire dans le contexte marocain. Dans un second, nous exposerons dans quelle mesure, la finance islamique, appartenant au champ de la finance éthique, basée sur des fondements moraux de l’économie, permet d’envisager des modalités financières plus en phase avec les principes de l’économie sociale et solidaire. Enfin, nous enchainons avec la méthodologie de recherche adoptée pour notre étude exploratoire effectuée auprès des entrepreneurs sociaux ainsi que les circonstances dans lesquelles nous avons adressé notre questionnaire avant de l’analyser minutieusement.
[…]
L’économie sociale et solidaire est devenue un thème prédominant en connaissant un essor impressionnant ces dernières années. Les entrepreneurs sociaux sont devenus des acteurs incontournables dans la lutte contre toute forme d’exclusion, la création d’emploi, la préservation de l’environnement et le renforcement de la cohésion sociale.
Dans le but de dépasser les logiques de subventions, de l'assistanat et de la charité qui engendrent des contraintes financières pour cette forme d’entrepreneuriat, la finance islamique semble être une solution pour soutenir l’économie sociale et solidaire et appuyer l’entrepreneuriat social au Maroc.
L'analyse de l'importance du rôle joué par la finance islamique à bannir les contraintes financières dont souffre l’entrepreneuriat social et solidaire nous a permis de montrer que l'importance du financement islamique réside dans le fait d’apporter un appui institutionnel et financier aux acteurs sociaux à travers le rôle d’intermédiation entre les personnes physiques qui souhaitent apporter leur expérience et leur argent dans des entreprises sociales et des porteurs de projets créateurs et innovants. Il s’agit en fait , d’une opportunité inouïe pour le développement de l’entreprise sociale au Maroc.
À la lumière de cette étude exploratoire, on peut déduire que le manque de moyens financiers et la visibilité des entrepreneurs sociaux sont des freins majeurs au développement et à la promotion de leur rôle clé dans l’innovation sociale et la volonté de contribuer au développement des d’un modèle entrepreneurial plus éthique . Raison pour laquelle en plus d’être un outil financier, la finance islamique est avant tout un outil de communication capable de pouvoir de fédérer une grande communauté autour d’un projet.

1. L’ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE : DEFINITIONS, ETAT DES LIEUX ET EMERGENCE
1.1.L’économie sociale, une approche par le statut juridique
1.2.L’état de lieux de l’économie sociale et solidaire au Maroc
2. LA FINANCE ISLAMIQUE AU SERVICE DE L’ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE
2.1.La théorie économique islamique
2.2. L’impact investing au service de l’ESS : cas de la microfinance islamique
3. METHODOLOGIE DE RECHERCHE
3.1.Contexte de l’étude
3.2.Échantillonnage et collecte des données
3.3.Évaluation d’acceptation des instruments de la microfinance islamique
3.3.1. Situation des organismes interviewés
3.3.2. La microfinance islamique comme outil de financement
3.3.3. La compétitivité de la finance islamique
4. DISCUSSION DES RESULTATS
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