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Management des risques, stratégies d’entreprise et réglementation dans l’industrie maritime
Extraits et sommaire de ce document
A travers cette abondance de discours, qui suit la prolifération des dangers corrélative aux modes de production modernes (Beck, 1986), se développe ainsi une doxa du risque, déconnectée de son approche scientifique. Les conséquences de cet état de fait sont majeures pour le devenir de nos sociétés : elles placent ainsi le fondement des pratiques de prévention sur le mode de la confrontation, où se rencontrent des exigences légitimes de sécurité, et d’autres, non moins légitimes, d’efficience de l’activité économique. […] La société du risque que présente Beck (1986) se caractérise par une interpénétration des sphères publiques et privées, qui se manifeste à deux niveaux : d’une part à travers l’impossibilité d’associer des causes externes au risque, son développement étant, nous l’avons dit, directement lié au développement économique ; de l’autre par l’émergence de mécanismes de l’ordre du « subpolitique », qui traduisent l’ampleur du « potentiel de transformation et de menace » de l’évolution technico-économique, et l’intrusion, par le discours et la réglementation, des instances de contrôle étatiques et de l’opinion publique « dans le ‘domaine intime’ du management d’entreprise et du management scientifique » (Beck, 1986, pp. 404-405). La régulation des risques tente donc de s’opérer non seulement à l’échelle des effets de la production, mais aussi à l’intérieur même de son processus. Ceci justifie qu’une théorie du management des risques se doive de considérer à la fois la manière dont est géré le risque à l’intérieur de l’entreprise et comment cette dernière interagit dans ce domaine avec le reste de la société, notamment par le biais de la réglementation. Deux voies ont été principalement empruntées pour traiter ce problème de la régulation des risques. La première, issue d’une culture technique et des sciences de l’ingénieur, part de la production, en examinant comment en minimiser les risques. La seconde utilise les outils de la science politique, de la sociologie, des sciences économiques, du droit, et considère les entreprises comme des entités productrices de risques qu’il convient de maîtriser. L’objet de cette thèse est de montrer qu’il importe de se situer à mi-chemin entre ces deux approches, et que les sciences de gestion offrent justement un cadre qui permet d’appréhender la problématique de la régulation du risque de manière satisfaisante2. En effet, la voie purement technique est logiquement incomplète : la mise en acte des décisions qu’elle conduit à recommander se réalise à un niveau managérial, et leurs conséquences se situent à l’échelle de l’ensemble de l’entreprise. La question est plus subtile en ce qui concerne la deuxième approche. Nous défendons ici l’idée qu’il existe, entre les formes sociales qu’étudie la sociologie et la modélisation individuelle insuffisamment différenciée de l’analyse économique générale, des causalités intermédiaires indispensables pour comprendre les pratiques de prévention. Ces causalités interviennent dans la mise en oeuvre des pratiques à l’échelle des managers, et, de la même manière, elles mettent en jeu des parties prenantes qui ne se définissent que par rapport à l’entreprise. En outre, même si l’on admet que managers et parties prenantes ont une rationalité formelle, leurs comportements sont conditionnés par le positionnement de la firme, qui ne peut être appréhendé de manière adéquate que par les sciences de gestion. C’est ainsi que leur double nature de productrices de risques et d’actrices de leur prévention fait que les entreprises constituent à notre sens le niveau pertinent d’analyse pour comprendre comment est possible une régulation efficace. Plus précisément, c’est dans une approche stratégique, en adoptant une acception large du terme, qui recouvre les choix qui président au devenir à long terme de l’entreprise en société, qu’il est nécessaire de se situer : le management des risques porte en effet des enjeux où interviennent à la fois la question de la survie de l’entreprise, celle de son développement, mais aussi les relations interorganisationnelles dans lesquelles elle s’insère. Cette thèse s’organise donc en trois parties. Nous commençons par présenter les principaux outils de l’analyse des risques, qu’il s’agisse des outils issus des techniques de l’ingénieur, des approches organisationnelles, de l’analyse des accidents ou de la gestion des crises, pour montrer qu’ils n’apportent pas de réponse à la question de savoir ce qui motive les pratiques de prévention, et, partant, ne permettent pas de comprendre comment une régulation des risques efficace est possible. Dans une seconde partie, nous précisons cette problématique, en proposant dans le chapitre trois un cadre a priori d’explication de ces pratiques fondé sur quatre déterminants principaux : l’importance de la réglementation, les choix de développement de l’entreprise, l’éthique des affaires et la responsabilité sociale, et la pression des parties prenantes. Ce cadre théorique sert de fondement à une étude de cas, pour laquelle nous présentons la méthodologie suivie dans le chapitre quatre. La troisième partie enfin expose les résultats de cette étude de cas, en deux temps. Après avoir explicité le fonctionnement de l’industrie maritime, nous nous intéressons aux déterminants des pratiques à proprement parler dans le chapitre cinq, pour aboutir à un modèle général enrichi par une théorisation fondée sur la notion de système de légitimités croisées. Dans le chapitre six, nous nous intéressons de manière plus large aux enjeux de l’évolution du régime réglementaire de l’industrie maritime vers des objectifs de performance en remplacement de la traditionnelle prescription, en montrant justement que cette évolution est peut-être à même de résoudre certaines des tensions que nous venons d’évoquer, en renforçant la responsabilité et la légitimité des différents acteurs de la prévention. PARTIE 1 : LA MAÎTRISE DES RISQUES EN PERSPECTIVE : UN ÉTAT DE L’ART CHAPITRE 1 : Analyse critique de l’appréhension socio-technique des risques 1.1. Les techniques de l’ingénieur : de l’analyse des risques à leur gestion 1.1.1. Les outils de l’analyse de risques 1.1.2. Usages et mésusages de l’analyse de risque 1.2. La prise en compte du « facteur humain ». 1.2.1. L’analyse de tâches 1.2.2. L’analyse de la fiabilité humaine : de THERP à CREAM 1.2.3. La nécessité d’un renouvellement des méthodes 1.3. La dimension organisationnelle du management des risques industriels 1.3.1. L’école de Stanford et l’approche SAM 1.3.2. L’école de Berkeley des organisations à haute fiabilité 1.3.3. Culture organisationnelle et fiabilité de l’organisation CHAPITRE 2 : De l’analyse organisationnelle des accidents à la gestion des crises 2.1. Les accidents majeurs comme objet d’analyse organisationnelle 2.1.1. Bhopal 2.1.2. Challenger 2.1.3. Piper Alpha 2.2. Les limites de la gestion des crises 2.2.1. De la définition de la crise 2.2.2. Du management et de la crise 2.2.3. L’après-crise, entre apprentissage et normalisation PARTIE 2 : PRÉSENTATION DU CADRE DE LA RECHERCHE CHAPITRE 3 : Structuration du champ : Analyse théorique des déterminants des pratiques de maîtrise des risques 3.1. Le poids des contraintes réglementaires dans les pratiques de prévention 3.1.1. L’apport des sciences économiques à la compréhension de la mise en oeuvre des réglementations des risques : incitations et responsabilité 3.1.2. Le problème de la mise en oeuvre des réglementations des risques 3.2. Les déterminants stratégiques des pratiques de prévention 3.2.1. Risque et choix stratégiques 3.2.2. Avantage concurrentiel et gestion des risques industriels 3.2.3. Compétences et gestion des risques 3.3. Responsabilité sociale de l’entreprise, éthique et gestion des risques industriels 3.3.1. Responsabilité sociale de l’entreprise et éthique des affaires 3.3.2. Mesure de la responsabilité sociale et performance de l’entreprise 3.3.3. Ethique et management des risques de l’entreprise 3.4. Théorie des parties prenantes et management des risques 3.4.1. Management stratégique de l’entreprise et théorie des parties prenantes 3.4.2. Identification et gestion des parties prenantes 3.4.3. Pression des parties prenantes et gestion des risques CHAPITRE 4 : Présentation de l’approche méthodologique 4.1. Le choix d’une méthodologie qualitative dans une étude de cas 4.1.1. Présupposés méthodologiques 4.1.2. Le choix d’une étude de cas 4.1.3. Le choix d’une méthodologie qualitative 4.2. Présentation de l’étude de cas 4.2.1. Déroulement et présentation générale 4.2.2. Echantillon 4.2.3. De la gestion d'un terrain sensible : méthodes et démarche 4.2.4. Traitement des données d’entretien 4.2.5. Critères de validité et de fiabilité PARTIE 3 : LE MANAGEMENT DES RISQUES DANS L’INDUSTRIE MARITIME : LÉGITIMITÉ FONDÉE SUR LE MÉTIER ET RÉGLEMENTATION CHAPITRE 5 : Des déterminants de la prévention des risques dans l’industrie maritime 5.1. Les risques dans l’industrie maritime 5.1.1. Catastrophes maritimes 5.1.2. Eléments d’accidentologie maritime 5.2. Les acteurs et règles du système de régulation des risques maritimes 5.2.1. Brève histoire de l’émergence des institutions maritimes 5.2.2. Le développement de règles publiques 5.2.3. Le rôle des sociétés de classification 5.2.4. Armateurs, chargeurs, affréteurs 5.2.5. Assurances maritimes 5.2.6. La place de l’équipage 5.3. Examen des pratiques 5.3.1. La réglementation comme cadre général des actions de prévention des risques 5.3.2. Une valorisation imparfaite par le marché 5.3.3. La sécurité comme enjeu éthique et le respect des hommes 5.3.4. Une pression différenciée et partielle des parties prenantes en faveur de la sécurité 5.3.5. Vers un cadre intégrateur d’explication des pratiques de prévention des risques CHAPITRE 6 : Vers de nouveaux régimes réglementaires ? 6.1. Des changements de régimes réglementaires 6.1.1. De la prescription à la régulation par objectifs 6.1.2. Quelques exemples de réglementations fondées sur le risque 6.1.3. Une évolution progressive dans l’industrie maritime 6.2. Dialogique de la réglementation et impacts sur le management de l’entreprise 6.2.1. Des limites des nouvelles réglementations des risques 6.2.2. Une approche contingente du régime réglementaire 6.2.3. Systèmes de légitimité et réglementation : enjeux managériaux et stratégiques pour les entreprises des réglementations fondées sur le risque Autres documents qui pourraient vous intéresser !
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