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Contribution à l'étude de la qualité de l'audit
Extraits et sommaire de ce document
Par ailleurs, antérieurement à DeAngelo (1981), Watts et Zimmerman (1979, 7–8) se sont intéressés à l’utilité perçue de l’audit par le marché. Ils ont considéré, à cet effet, qu’un travail d’audit diligenté par une partie tierce à l’entreprise est utile, du point de vue des parties prenantes, si l’auditeur est capable de divulguer une anomalie existante. Selon eux, pour divulguer une anomalie, il faut que (1) l’anomalie existe, (2) que l’auditeur la découvre par sa compétence, (3) puis la divulgue grâce à son indépendance. Comme nous le verrons plus en détails au chapitre suivant, une des implications notables de cette définition, est que, la compétence et l’indépendance de l’auditeur ne seront guère valorisées en l’absence d’anomalie significative dans les états financiers de l’entreprise. Autrement dit, des états financiers de qualité n’impliquent pas forcément un audit de qualité. La réciproque peut également être vraie, c’est-à-dire qu’un travail d’audit conduit avec compétence et indépendance, peut ne pas se traduire par la délivrance d’une information financière de bonne qualité à destination des parties prenantes. Parmi les déterminants de la qualité de l’audit (compétence et indépendance), il est intéressant de souligner que la littérature s’est davantage focalisée sur l’étude de l’indépendance que sur celle relative à la compétence de l’auditeur. En synthèse et dans un souci de cadrer notre travail doctoral, il nous paraît important de rappeler que l’objet de cette recherche – l’audit – s’inscrit, par essence, dans le domaine des recherches transversales en Comptabilité – Contrôle - Audit. En tant qu’ensemble de pratiques professionnelles, l’audit est diligenté sur la base des états financiers qui sont une production de la comptabilité financière, issue du système d’information d’une entreprise. Dans sa théorie sur les états financiers, Watts (1977) mobilise la théorie de l’agence développée par Jensen et Meckling (1976) pour expliquer la fonction des états financiers audités et celle de l’information contenue dans ces états financiers. L’auteur souligne, tout d’abord, que la littérature sur la comptabilité financière est essentiellement prescriptive et ne définit que les éléments et les conditions de présentation de ceux-ci (Watts 1977, 54). Il suggère, en outre, que la fonction essentielle des états financiers est de fournir une information utile aux investisseurs dans leurs processus de prise de décisions d’investissement. Le dispositif théorique de cette recherche se construit, d’une part, sur la littérature académique et, d’autre part, sur la littérature institutionnelle et professionnelle. En effet, il nous paraît important d’interroger également la littérature institutionnelle, en ce que l’objet de cette recherche s’inscrit dans un domaine qui a longtemps été reléguée à un simple statut de pratique professionnelle, encadrée par les textes réglementaires et permettant un meilleur environnement de reddition et d’audit des comptes sociaux et consolidés. Quant à la littérature académique, elle fournit le cadre théorique nécessaire issu des résultats des recherches empiriques et théoriques antérieures sur la qualité de l’audit. Ce dernier volet connaît des méthodologies de recherche diverses pour analyser la qualité de l’audit. Cette diversité des approches explique, en partie, l’hétérogénéité des résultats et conclusions des recherches. Ainsi, à l’aune des précédents travaux de recherche, conduits depuis plus de 40 ans sur l’audit légal, et des perspectives dégagées par les pays de l’UE dans l’harmonisation du marché de contrôle légal, cette recherche doctorale propose un cadre d’opérationnalisation de la qualité de l’auditeur légal et en étudie ses conséquences économiques pour les investisseurs. Dans le cadre de cette étude, nous nous efforcerons de répondre à la problématique de recherche suivante : Problématique de recherche : Dans quelle mesure la qualité de l’audit impacte-t-elle le processus de prise de décision d’investissement des parties prenantes de l’entreprise ? Tel que souligné précédemment, la recherche en audit est confrontée à un problème de fondements théoriques. En effet, considéré, pendant des décennies, par les chercheurs comme un simple ensemble normatif de pratiques professionnelles, l’audit souffre principalement pour cette raison d’un manque de théorisation des concepts qu’il sous-tend. La littérature traitant de la théorie de l’audit est essentiellement constituée d’ouvrages académiques (Mautz et Sharaf 1961; Flint 1988; Lee 1993; Dennis 2015). Si des théories financières, comme la théorie de l’agence (Jensen et Meckling 1976), ont permis à certaines recherches empiriques dans le domaine triptyque Comptabilité – Contrôle – Audit de développer d’autres théories, telles que la théorie des états financiers (Watts 1977), la théorie positive de la comptabilité (Watts et Zimmerman 1978), l’audit, en tant que champ disciplinaire, reste, à n’en pas douter, le parent-pauvre de cette recherche transdisciplinaire. Au vu de ce constat et à l’épicentre de cette recherche doctorale, nous formulons la première question de recherche suivante : Question de recherche n°1 : Qu’est-ce que la qualité de l’audit ? Cette question consiste à examiner les théories financières et comptables permettant d’établir le lien entre l’information financière, qualité de l’audit légal et mécanismes de gouvernance des entreprises, et ainsi de contribuer indirectement à l’élaboration d’un cadre analytique de l’audit. Ainsi, l’investigation de cette question de recherche s’inscrit en droite ligne des trois dernières unités d’analyse de la recherche en audit proposées par Francis (2011, 126) : (1) comprendre l’industrie de l’audit légal et son marché, (2) comprendre le rôle des institutions qui légifèrent l’industrie de l’audit, et (3) évaluer les incidences économiques de l’audit. Pour la suite, les propositions issues de ce cadre analytique de l’audit constitueront de la matière pour l’évaluation des incidences de la qualité de l’audit sur les fondamentaux des entreprises et le comportement des parties prenantes dans leurs prises de décisions d’allocation de capital (cf. questions de recherche n°2, 3 et 4). […] Pour Roland (2000, 21), dans des économies en transition, émergent plusieurs formes de propriétés (ex : nationalisation versus privatisation) et de mécanismes de gouvernance des entreprises. Sur un échantillon de pays d’Europe centrale et orientale, en transition entre 1990 et 1998, Roland (2000) évoque le lien entre les institutions étatiques et les entreprises. Il montre le rôle très important des banques dans les politiques budgétaires des États, tout en démontrant un modèle de conflits d’intérêt entre les banques dû à la décentralisation du crédit (Roland 2000, 295–297). Les travaux de Watts (1977), North (1990) et Roland (2000) apportent des éléments théoriques sur le lien entre les mécanismes de gouvernance des entreprises et la qualité de l’audit légal. En effet, les travaux académiques antérieurs ont démontré une association entre les caractéristiques des mécanismes de gouvernance des organisations et la qualité de l’audit. A ce titre, nous pouvons citer les travaux de Pigé (2000), Lin et Hwang (2010), Marmousez (2012), Ramanan (2014), Hines et al. (2015) et Jayaraman et Milbourn (2015). Sur la base des travaux de recherche évoqués dans les paragraphes ci-dessus, nous formulons une deuxième question de recherche. Question de recherche n°2 : Dans des environnements normatifs, où la production de l’information financière est faiblement réglementée (ex. UEMOA9), certains mécanismes de gouvernance peuvent-ils être substitutifs à l’audit légal de qualité ? Cette question permettra notamment d’étudier l’association entre les mécanismes traditionnels de gouvernance des organisations et la performance opérationnelle des banques de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Le choix des banques comme échantillon d’entreprises est très important, car sur elles, repose le financement de l’économie de ces pays. Elles contribuent activement au financement de l’économie nationale par la collecte des fonds et l’octroi de crédits aux particuliers, aux grandes entreprises, et aux moyennes et petites entreprises. Ces sociétés financières exercent leurs activités dans un contexte institutionnel où existe une seule institution professionnelle, l’ONECCA10 pour assurer l’efficacité des activités d’audit légal exercées par la profession d’audit et d’expertise comptable (Causse et Wa Mandzila 2011, 159). Comme le souligne également Causse et Wa Mandzila (2011, 159–161), ces pays d’Afrique de l’Ouest francophone subsaharienne disposent d’un environnement institutionnel issu de leur ancienne puissance colonisatrice, la France. Par ailleurs, la mondialisation de l’économie et la globalisation financière conduit ces pays à intégrer dans leur modèle de contrôle légal, des normes d’audit de l’International Federation of Accountants (IFAC). Quant à l’efficacité du cadre légal et réglementaire de la comptabilité et de l’audit pour certains pays de l’UEMOA, les rapports de la banque mondiale sur le respect des normes et codes en comptabilité et audit diffèrent d’un pays à l’autre. […] Parmi les déterminants de la qualité de l’audit (compétence et indépendance), nous notons que la littérature sur l’indépendance est relativement abondante par rapport à celle sur la compétence. Ainsi, l’analyse de la littérature académique sur l’indépendance de l’auditeur, met en évidence le manque de travaux scientifiques dans un contexte institutionnel de contrôle légal fortement régulé, comme c’est le cas de la France, où le co-commissariat aux comptes est une obligation dans certains cas comme ceux des sociétés établissant des comptes consolidés (sociétés cotées). Ce type de contexte institutionnel offre un terrain d’étude approfondie de l’indépendance tant individuelle que conjointe des co-auditeurs (ou co-commissaires aux comptes). Afin de contribuer à la littérature, nous formulons la question de recherche suivante : Question de recherche n°3 : La qualité de l’audit impacte-t-elle la qualité des données comptables communiquées et le comportement des investisseurs ? Cette question vise à apporter des éléments de réponse à la perception de l’indépendance des auditeurs par les investisseurs quant au rendement qu’ils exigent en contre partie des capitaux investis. Les résultats de cette dernière étude permettront d’apprécier au mieux la qualité de l’audit légal au travers du renforcement de l’indépendance (proxy pour la qualité de l’audit) des auditeurs légaux mandatés à diligenter des missions d’audit des sociétés cotées. De plus, cette étude fournit des éléments de compréhension du périmètre de l’incidence de l’indépendance de l’auditeur, comme par exemple la qualité des données comptable mesurée via la gestion des résultats (earnings management). Afin d’examiner ce niveau d’incidence de l’indépendance de l’auditeur, une question plus spécifique à une politique comptable particulière –celle relative à la dépréciation du goodwill – est formulée : Question de recherche n°4 : La qualité de l’audit impacte-t-elle la prise de décision des analystes financiers, dans le cadre de la communication des tests de dépréciation du goodwill ? Cette question a pour objectif d’examiner d’une part, l’association entre l’indépendance de l’auditeur légal et la qualité du reporting financier mesurée par les caractéristiques des prévisions des analystes financiers, dans le contexte des tests de dépréciation portant sur le goodwill. Au vu d’un manque de littérature empirique sur l’indépendance mesurée d’un collège d’auditeurs en France, cette question vise à examiner dans quelle mesure le renforcement de l’indépendance individuelle des auditeurs et du collège des auditeurs, est une source informationnelle pour les analystes financiers. En effet, étudier l’impact de l’indépendance des auditeurs sur les tests de dépréciation du goodwill est essentiel dans la compréhension des conséquences économiques internes (comportement des dirigeants) et externe (réaction des analystes financiers) de l’audit légal. La problématique que pose cette recherche doctorale ainsi que les quatre questions de recherche sous-jacentes, ont un fondement théorique et empirique construit sur la base des travaux antérieurs de recherche sur la qualité de l’audit de façon générale, et sur l’indépendance de l’auditeur légal en particulier. Ainsi, la partie qui suit traite de l’analyse de la littérature d’ensemble et les théories mobilisées dans le cadre de cette recherche. Chapitre 1 : Revue de littérature et proposition d’un cadre analytique de l’audit I. L’audit : origines et définition II. Essai sur la théorie générale de l’audit Chapitre 2: Corporate Governance, Performance and Liquidity Risk: Insights from WAEMU Banks I. Institutional background: the WAEMU banking environment II. Past literature and development of hypotheses III. Research design and sample IV. Empirical analysis V. Empirical findings Chapitre 3 : Indépendance de l’auditeur, qualité des résultats et coût du capital I. Qualité de l’audit : vision institutionnelle de l’indépendance de l’auditeur II. Revue de littérature et formulation des hypothèses III. Méthodologie et collecte des données IV. Modèles et résultats empiriques Chapitre 4: Auditors’ Independence, Analysts’ Forcecast Characteristics and Impairment of Goodwill I. Literature review and hypotheses development II. Methodology and data collect III. Empirical analysis Autres documents qui pourraient vous intéresser !
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