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Indépendance de la banque centrale et politique budgétaire
Extraits et sommaire de ce document
A partir d'indicateurs quantifiés du degré d'indépendance de la banque centrale, plusieurs travaux ont montré que plus d'indépendance coïncide en général avec une inflation plus faible, sans effet discernable sur les variables réelles. Nous utilisons ces mêmes indicateurs pour étudier les conséquences de l'indépendance de la banque centrale sur la conduite de la politique budgétaire dans 20 pays de l'OCDE depuis 1978. Le statut de la banque centrale peut affecter la conduite de la politique budgétaire par deux canaux principaux. En premier lieu, l'indépendance de la banque centrale interdit d'avoir recours à la "planche à billets" ou à un quelconque accès privilégié au crédit pour financer un déficit des comptes publics. Elle ne permet pas non plus de dévaloriser la dette publique par l'inflation. Elle incite donc le pouvoir budgétaire à davantage de discipline. En second lieu, la spécialisation de la politique monétaire dans la lute contre l'inflation implique que la politique budgétaire se charge de la stabilisation conjoncturelle. Dans la mesure où ces deux instruments sont partiellement substituables, le pouvoir budgétaire devrait être incité à davantage d'activisme. Notons toutefois que discipline et activisme budgétaires sont partiellement incompatibles. La discipline budgétaire peut être mesurée par le déficit budgétaire, la dette publique ou le déficit primaire rapportés au PIB. Cette dernière mesure est sans doute préférable dans la mesure où elle n'est pas affectée par le taux d'intérêt réel. Pour apprécier le degré d'activisme budgétaire des Etats, on peut examiner dans quelle mesure ceux-ci laissent jouer les stabilisateurs automatiques qui conduisent à un creusement du déficit en période de récession et à une amélioration en période d'expansion. Un examen plus exigeant repose sur les corrélations entre taux de croissance et soldes primaires corrigés des cycles conjoncturels (ces soldes sont fournis par l'OCDE). Ces corrélations sont en général négatives, ce qui montre que les autorités budgétaires ne laissent pas jouer pleinement les stabilisateurs automatiques, faisant ainsi preuve de peu d'activisme. Nous utilisons les mesures d'indépendance de la banque centrale fournies par Grilli, Masciandaro et Tabellini (1991) et Cukierman, Webb et Neyapti (1992). Ces mesures agrègent différents aspects de l'indépendance légale avec une pondération largement arbitraire. Ils ne contiennent aucune information sur l'indépendance informelle. Les résultats mettent en évidence une relation ténue entre le statut de la banque centrale et la discipline budgétaire : les pays engagés, depuis 1978, dans des politiques budgétaires non soutenables n'ont pas, en général, de banque centrale indépendante, et les pays dont la banque centrale est fortement indépendante ont en général évité de tels dérapages ; néanmoins, certains pays (comme le Japon) dont la banque centrale est peu indépendante ont également évité les dérapages budgétaires. En revanche, il n'apparaît aucune relation entre le statut de la banque centrale et le degré d'activisme budgétaire. Ce résultat peut s'interpréter comme une absence de contrainte sur la politique budgétaire, ou comme la prise en charge partielle de la stabilisation conjoncturelle par la banque centrale même lorsque celle-ci est indépendante ; il peut aussi s'interpréter comme une absence d'obligation pour la politique budgétaire de prendre en charge le réglage conjoncturel lorsque la banque centrale vise la stabilité des prix. Ces résultats sont bien entendu fragiles. Ils confirment néanmoins que l'orientation moyenne de la politique budgétaire est davantage déterminée par la procédure budgétaire elle-même que par le statut de la banque centrale. Autres documents qui pourraient vous intéresser !
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