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Investissement et croissance économique au Maroc
Extraits et sommaire de ce document
Les théories de croissance économique qui ont foncièrement pour objectif d’expliquer l’évolution de long terme du revenu par tête dans chaque pays, s’inscrivent grosso modo dans deux perspectives. La première part de la vision néo-classique d’une manière directe (Solow, 1957) ou s’y rattache d’une manière indirecte en opérant des changements dans la structure des modèles pour rendre compte des anomalies observées (Mankiw et al., 1992). La deuxième perspective se détache partiellement des hypothèses néoclassiques pour adopter des hypothèses ajustées dans le but d’endogéneïser le progrès technique ou le résidu dit de Solow (Romer, 1986 ; Lucas, 1988 ; McCallum, 1996). Ces deux perspectives constituent, ensemble, le courant dominant (mainstream) en matière des recherches sur les sources de croissance économique. Parallèlement se développe un courant qui est d’affiliation schumpetèrienne (Schumpeter, 1935 ; Nelson and Philips, 1966; Hofer and Polt, 1998). Ce dernier courant se distingue surtout par l’importance analytique qu’il accorde aux processus technologiques, à l’innovation, à l’entreprenariat et aux conditions d’apprentissage industriel (Nelson and Pack, 1999). Par ailleurs, les travaux empiriques ont permis, quant à eux, d’approfondir notre savoir sur les processus de croissance économique. Deux résultats attirent notre attention. Le premier est celui de Levine et Renelt (1992) qui ont montré que l’investissement est le seul facteur qui reste lié au taux de croissance économique quels que soit la spécification, les périodes ou les pays étudiés. Le second résultat est celui qu’ont obtenu Easterly et Levine (2001). Selon ces deux derniers auteurs, la croissance est loin d’être une simple affaire d’accumulation (Solow, 1957 ; Easterly and Levine, 2001, p.178). Cet article s’inspire largement de ces travaux et nous allons désigner la contradiction manifeste qui existe entre ces deux résultats : le paradoxe de l’accumulation ou le paradoxe Easterly-Levine-Renelt. Pour ce faire, nous allons examiner le phénomène de croissance économique au Maroc. Nous essayerons de voir si la faiblesse de la croissance de l’économie marocaine est due à l’insuffisance de l’accumulation des ressources ou à la faiblesse de leur productivité, i.e. la faiblesse de l’efficacité avec laquelle elles sont utilisées. Autrement dit, au Maroc l’investissement est-il faible, mal utilisé ou les deux à la fois. A cet effet, nous consacrerons la deuxième section au cadre d’analyse qui nous aidera à mieux développer la réflexion. Dans la troisième section, nous présenterons quelques repères pour appréhender l’expérience de croissance au Maroc durant la période 1970-2000. La quatrième section permettra de voir dans quelle mesure l’insuffisance de l’accumulation des ressources explique-t-elle la faiblesse de la croissance. Au niveau de la cinquième section, nous discuterons du problème de la faiblesse de la productivité au Maroc. Au niveau de la sixième section nous tenterons de répertorier les facteurs explicatifs de l’insuffisance de l’accumulation et de la faiblesse de la productivité des ressources au Maroc. La dernière section, quant à elle, servira à conclure et à formuler des propositions. […] Nous avons essayé dans ce papier de mener une réflexion sur la problématique des déterminants de la croissance au Maroc. Plus spécifiquement, nous avons mis l’accent sur deux variables essentielles à savoir : l’insuffisance des ressources et la faiblesse de leur productivité. La principale conclusion, conformément à la littérature théorique et aux études empiriques, est qu’une croissance économique satisfaisante n’est pas une simple affaire d’accumulation. Elle est surtout la conséquence des changements technologiques (Pack et Westphal, 1986), organisationnels (Hoff et Stiglitz, 2000) et institutionnels (Coase, 1992) qui permettent d’assimiler les processus productifs industriels et d’améliorer la productivité. Dans ce schéma, l’investissement tout en étant nécessaire, reste insuffisant pour réaliser une croissance économique forte et durable (Nelson and Pack, 1999 ; Schmidt-Hebbel et al. 1996). Le cas marocain semble confirmer cette thèse. L’insuffisance et la fragilité de la croissance sont la conséquence, à la fois de la faiblesse de l’accumulation des ressources et de l’insuffisance de leur productivité (Goldsbourgh, 1996 ; Bouhia, 2001 ; Bisat et al. 1997 ; Banque mondiale, 2000 ; Bosworth et al. 1995). Cette situation résulte du climat d’investissement peu favorable et des conditions générales de déroulement des activités créatrices de valeur ajoutée. Ceci dit, il importe de préciser que le concept climat d’investissement (Stern, 2002a) renvoie surtout aux facteurs et aux éléments qui déterminent la capacité des individus à « saisir et créer des opportunités visant à accroître la productivité et à réaliser des investissements productifs » (Stern, 2002b, p. 5). En effet, le recours au concept climat d’investissement signale le fait que nous privilégions l’augmentation de « la productivité de l’activité économique, plutôt que le niveau d’investissement per se » (Stern, 2002b, p. 5). Pour faire face à cette situation inquiétante, le Maroc doit s’atteler à repérer les sources d’inefficience du processus économique. L’effort doit porter surtout sur l’amélioration du profil d’allocation des ressources dans l’économie. Cet effort permettra de faire déplacer les ressources des projets faiblement productifs et n’ayant que de faibles externalités vers les projets rentables, structurants et ayant un rendement social élevé. Dans ce sens, une structure d’incitations économiques bien conçue aidera à orienter les ressources d’une manière satisfaisante. Cette structure d’incitations doit s’appuyer sur une stratégie d’encouragement des entreprises marocaines à s’approprier les capacités technologiques nécessaires à l’amélioration de la productivité de leurs ressources. Dans cette perspective, l’Etat doit viser, en priorité, l’amélioration de la qualité de l’allocation des ressources et le renforcement des capacités technologiques des entreprises marocaines plutôt que l’encouragement d’un secteur ou d’un autre ou même l’accroissement du niveau d’investissement. La visibilité économique et la stabilité de la croissance imposent une intervention qualitative et efficace de l’Etat. Aussi, du fait que le secteur public joue encore un rôle important, est-il possible de s’en servir pour booster l’évolution des activités économiques et faciliter l’émergence d’un climat d’optimisme économique ? Dans ce cas, le rôle de l’Etat doit avoir pour but l’amélioration de la qualité de l’action publique. En effet, le choix des projets publics doit se faire dans l’objectif d’atteindre une efficacité marginale du capital supérieure et de générer des externalités positives pour toute l’économie. Ainsi, si l’amélioration de la performance de l’économie peut être obtenue par des changements dans la politique macroéconomique en vue d’accroître le niveau d’investissement, à moyen et long termes, la seule issue restera l’amélioration de la productivité des ressources. Ce dernier élément améliorera durablement la compétitivité de l’économie et affectera, en retour, positivement l’effort d’investissement. 2. Accumulation des ressources, assimilation des changements technologiques et croissance économique 3. Profil de la croissance économique au Maroc : quelques repères 4. Insuffisance de l’investissement 5. Faiblesse de la productivité 6. Facteurs explicatifs de l’insuffisance de l’accumulation et de la faiblesse de la productivité au Maroc 7. Conclusion et propositions Autres documents qui pourraient vous intéresser !
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