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La finance solidaire, un système de relations de financement

 
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• Type de document : Thèse de doctorat
• Nombre de pages : 342
• Format : .Pdf
• Taille du fichier : 2.38 MB
Extraits et sommaire de ce document
Le point de départ de cette recherche s’appuie sur la théorie standard étendue6 afin de mettre en lumière l’exclusion financière. La théorie standard étendue explique la présence d’un rationnement du crédit dans le cadre d’une économie marchande considérée comme le modèle général. Pourtant, les outils conceptuels classiques et néoclassiques ne permettent pas d’interpréter les solutions portées par la finance solidaire. Il est alors nécessaire de s’appuyer sur la théorie non standard qui considère l’économie marchande comme un cas particulier des relations économiques.
La prise en considération des imperfections de l’échange marchand dans des approches informationnelles permet à la théorie standard étendue de concevoir l’existence d’un rationnement du crédit (Stiglitz & Weiss, 1981). Face à ce phénomène, des contrats sont mis en place pour inciter à la coopération. Pourtant, Favereau (1989) met en lumière les impasses de la contractualisation et les résultats de la théorie standard étendue demeurent insatisfaisants pour comprendre les corrections à l’imperfection du marché.
L’approche standard conçoit l’existence de déséquilibres tels que les rationnements, mais les outils conceptuels usités supposent toujours que le marché est le principal et l’ultime mécanisme de régulation des relations de financement. L’existence de contrats incomplets dans un environnement d’incertitude radicale et d’une rationalité limitée implique de reconsidérer les relations de financement dans le cadre d’une pluralité de modes de coordination afin d’agir face aux impasses liées à l’indétermination de la qualité de l’emprunteur et de celle du produit. Parmi ces modes de coordination, au-delà des prix, le recours à des dispositifs collectifs cognitifs, tels des règles, des normes, des routines ou des conventions, présente des résultats interprétatifs intéressants.
Il est alors nécessaire d’approfondir les mécanismes de coordination entre les intermédiaires financiers et les emprunteurs. Le concept de financement relationnel, développé à partir de la théorie standard étendue, s’attache à comprendre les spécificités des relations de financement de long terme, les avantages et les limites de celui-ci face au rationnement du crédit (Vigneron, 2008, Lobez et Vilanova, 2006, Eber, 1999, Guille, 1994, Rivaud Danset & Salais, 1992).
Cependant, ce concept implique que les contrats sont des mécanismes cognitifs collectifs et que la rationalité des individus est procédurale, à la frontière entre la théorie standard étendue et la théorie non standard. Parallèlement, l’économie des conventions dernière explore aussi le concept de financement relationnel dans la mise en lumière de conventions de financement entre les entreprises et les banques (Rivaud Danset & Salais, 1992). Dès lors, cette recherche approfondit le concept de financement relationnel pour mettre en lumière les mécanismes non marchands de coordination, expliciter la nature des relations de long terme, et approfondir la connaissance des impacts du financement relationnel face à la contrainte de crédit en identifiant des facteurs déterminants dans sa mise en place.
Au niveau macroéconomique, il s’agit donc de qualifier la relation de crédit (sélection économique ou politique, modalités de la contrainte monétaire, conditions monétaires et non monétaires, etc.) dans le cadre des normes monétaires prédominantes d’un régime monétaire d’accumulation et son organisation à travers un système de paiements et circuits de circulation. Les règles formelles encadrant la création monétaire et la gestion du crédit influencent la relation de financement à deux niveaux : d’une part, elles peuvent induire une transformation de l’offre de crédit de la part des organisations bancaires existantes et la redécouverte d’organisations alternatives pour assurer un accès au crédit dans les nouveaux espaces délaissés, et d’autre part, elles provoquent de nouvelles normes cognitives afin de dépasser les problèmes d’évaluation de la qualité des emprunteurs.
Cette analyse s’inscrit dans le cadre d’une économie monétaire de production comme le démontre Keynes (1936). En s’appuyant sur le concept de monnaie de Keynes selon lequel la monnaie est une monnaie de compte et une monnaie réelle, il est possible d’affirmer que la monnaie véhicule des relations de paiements, des relations de prêt/emprunt et des relations de valeurs (Bensimon, 1994) qui traduisent des rapports sociaux. La mobilisation de ce cadre théorique permet de comprendre les spécificités des relations monétaires dans le cadre des relations d’intermédiation, à la différence des approches standard dans lesquelles la monnaie est un simple « voile ». Il s’agit aussi de ne pas, dans le sens inverse, considérer que toutes les relations monétaires sont dominées par les relations sociales prédéterminées se référant à une vision globalisante et déterministe des rapports sociaux.
Cette recherche s’appuie sur des sources variées. Il n’existe pas à l’heure actuelle de données centralisées et homogénéisées de la finance solidaire : d’une part, la finance solidaire représente quantitativement un phénomène récent et mineur en volume par rapport aux flux financiers échangés par les intermédiaires financiers, et d’autre part, son appartenance même au secteur financier fait débat, car elle n’utilise pas les mêmes normes que les autres intermédiaires financiers pour gérer ses activités. En effet, les flux financiers de la finance solidaire ne sont pas identifiés comme une catégorie statistique à part entière, la nature variée des outils financiers (prêts personnels, prêts professionnels, apports en capital) ne permet pas de les reconnaître facilement et de constituer une catégorie statistique.
Ces difficultés n’ont pas permis de reconstruire des données statistiques qui répondent aux exigences scientifiques : par exemple, les financements par les associations sont des prêts personnels, tandis que les financements par les sociétés financières solidaires s’apparentent à des prêts professionnels. De même, les financements solidaires ne sont pas répertoriés de la même façon : les clubs d’investissements solidaires n’ont pas d’obligation de déclarer leurs investissements. Il y a donc des difficultés de collecte et d’homogénéisation des données.

Chapitre 1 La finance solidaire comme système spécifique d’intermédiation financière
Section 1 Des finances solidaires à la finance solidaire : Construction et délimitation de l’objet de recherche
1.1 Les finances solidaires : diversité des activités et des publics
1.2 La finance solidaire : un système de relations
1.3 Les caractéristiques de la finance solidaire
1.4 Les points communs et les différences entre la finance solidaire et d’autres formes de financement alternatifs (finance informelle, microfinance, finance alternative, finance éthique)
1.5 Les attributs spécifiques de la finance solidaire par rapport aux autres systèmes d’intermédiaire financière
Section 2 La finance solidaire comme forme de financement relationnel
2.1 Le financement relationnel et ses avantages dans l’accès au crédit
2.2 Du financement relationnel bancaire au financement relationnel solidaire
2.3 Les spécificités et les avantages du financement relationnel solidaire
Chapitre 2 La finance solidaire : une construction historique dans les mutations institutionnelles
Section 1 Périodisation de l’histoire en fonction de caractéristiques institutionnelles de la production et du financement entre le 19ème siècle et nos jours
Section 2 Les réalisations financières solidaires entre le 19ème siècle et aujourd’hui
Section 3 L’articulation des expérimentations historiques au contexte contemporain
Chapitre 3 La finance solidaire face aux contraintes de financement
Section 1 L’origine de la demande de finance solidaire
Section 2 Le rationnement du crédit et la finance solidaire
Section 3 Les solutions proposées par la finance solidaire dans un contexte d’incertitude
Section 4 La convention du financement relationnel solidaire : un arrangement entre les agents
Chapitre 4 Les conditions et les modalités de la construction de l’offre de financement solidaire
Section 1 Décentralisation, proximité et territorialisation de la finance solidaire
Section 2 Le rôle des parties prenantes dans la finance solidaire
Section 3 Analyse des coûts et des ressources dans la mise en oeuvre de l’offre de finance solidaire
Section 4 Un compromis entre différentes logiques d’action pour la finance solidaire
4.1 Les parties prenantes de la finance solidaire selon les Economies de la Grandeur
4.2 La mise en lumière des différentes logiques d’action dans le discours des organisations de la finance solidaire
4.3 La nature du compromis de finance solidaire
Chapitre 5 La structure de marché de la finance solidaire
Section 1 La structure non concurrentielle du marché de la finance solidaire
1.1 Un marché de clientèle avec des barrières à l’entrée
1.2 Un processus de concentration des organisations de finance solidaire fondé sur la différenciation
1.3 Les perspectives d’évolution de la structure de marché de la finance solidaire
Section 2 La position dominante de la finance solidaire
2.1 La clientèle captive et le pouvoir de marché de la finance solidaire
2.2 Les leviers de la finance solidaire face aux risque de phénomènes de captation de richesses
Section 3 La Finance solidaire : de l’insertion individuelle au bien être collectif
3.1 Concurrence, optimalité et effets externes
3.2 Finance solidaire et performances
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