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Sortir de l’impasse exportatrice : Les enseignements de l’analyse du profil des exportations marocaines
Extraits et sommaire de ce document
Abordée comme phénomène social complexe et dynamique par les pionniers de l’économie du développement, la transformation structurelle a été reléguée au rang de simple conséquence de la croissance économique à compter du début des années 1980. Dans l’agenda du développement, le principe d’une politique industrielle active favorable à la transformation structurelle reculait, jusqu’à disparaître au profit d’objectifs macro-financiers de stabilisation et de réformes institutionnelles dites « de base ». Pour le continent africain, cette substitution de Programmes d’ajustement structurel (PAS) aux politiques de transformation structurelle n’est pas parvenue à inverser la désindustrialisation précoce intervenue dès la fin des années 1970. Les PAS ont favorisé le transfert d’excédents de main d’oeuvre agricole vers des secteurs à faible productivité, protégés de la concurrence internationale, et vers des activités de services déconnectées de l’industrie (commerce, construction, etc.), à l’inverse des attendus de la transformations structurelle1. Si les arguments théoriques et observations empiriques ne permettent toujours pas de trancher entre les tenants du « laisser-faire » et les partisans d’une « conduite politique » du changement structurel, un compromis fragile se dégage depuis la fin des années 1990 en faveur de politiques industrielles non dirigistes. Il s’agit d’interventions sélectives et de politique gouvernementale qui cherchent « à modifier la structure de la production vers des secteurs susceptibles d’offrir de meilleures perspectives de croissance économique que ce qui se produirait en l'absence d'une telle intervention » (Pack et Saggi, 2006). La question n’est donc plus de savoir si, oui ou non, une politique industrielle s’impose mais quelle politique industrielle sera efficace dans des économies ouvertes ? Quelles solutions de second best mettre en oeuvre pour transformer la structure productive d’une économie à revenu intermédiaire comme le Maroc face à l’organisation inédite et mondialisée de la production sous forme de chaînes de valeur (Altenburg, 2000 ; Milberg, Jiang et Gereffi, 2014 ; Altenburg et Lütkenhorst, 2015) ? Il aura donc fallu attendre le début des années 2000 et les travaux empiriques d’Imbs et Wacziarg (2003), puis ceux d’Hausmann et al. (2007) pour que soit réhabilitée, sous une forme renouvelée, le rôle de la transformation structurelle dans le développement économique (Lectard, 2019). Les premiers mettent ainsi en évidence une relation quadratique, au plan macroéconomique, entre la diversification productive et le niveau de revenu national par habitant. Initialement, le nombre de biens produits dans une économie est faible. Ce dernier augmente au fur et à mesure du développement économique jusqu’à ce que les facteurs de concentration l’emportent à nouveau. Les seconds ont recours aux données du commerce international pour caractériser l’évolution de la structure sectorielle des productions. Ils développent un critère de sophistication technologique des biens exportés. Etudiant la relation économétrique entre la productivité moyenne des exportations d’un pays et sa croissance économique, ils montrent qu’une amélioration de la sophistication des exportations (biens exportés à plus fort contenu technologique) entraîne une croissance économique future plus élevée. Pour ces auteurs, la dynamique vertueuse d’un profil d’exportations incorporant davantage de savoir-faire technologique provient de la meilleure absorption du « coût de la découverte »3 mis au jour, quelques années plus tôt, par Hausmann et Rodrik (2003). Depuis lors, autorisant un niveau poussé de désagrégation et une couverture géographique et temporelle élevée, l’analyse de la transformation structurelle par la diversification et la sophistication des exportations s’est imposée dans la littérature académique puis auprès des partenaires techniques et financiers des pays du Sud (Lectard, 2019). Ce rabattement mécanique et acritique de la structure de production sur la structure des exportations, véritable reçu pour solde de tout compte du débat pourtant ré-ouvert sur les vertus comparées de la croissance extravertie et du développement autonome, ne va pas sans quelques simplifications et raccourcis audacieux. Le risque le plus sérieux, selon Berthélemy (2005), revient à négliger les expériences de diversification couplées à des politiques protectionnistes et à omettre, devons-nous ajouter, le rôle structurant des marchés domestiques sur la dynamique des spécialisations productives. Dans le monde productif actuel et s’agissant plus particulièrement du positionnement du Maroc dans la « nouvelle » nouvelle division internationale du travail (Scott et Leriche, 2016), il nous semble imprudent de convoquer une fois encore des arguments à la Linder pour justifier l’impasse faite sur l’analyse des productions non exportées. Pour dire les choses autrement, réduire l’étude de la transformation structurelle d’un pays à celle du profil de ses exportations conduit en fait à ne retenir de la « dualité idéologico-politique » des positions possibles sur le rôle du commerce international dans le développement que la seule position libérale (Bizberg et Théret, 2013). Notre perspective dans ce texte, en accord avec l’approche en termes de mondes de production du programme « Made in Morocco », est différente. Elle ne vise aucune forme de réductionnisme, ni ne privilégie a priori un modèle d’industrialisation au nom d’une nécessité donnée par la vérité présumée des marchés internationaux. Notre approche prend acte des choix stratégiques fait par le Maroc en faveur d’une industrialisation par la promotion des exportations et propose de compléter l’analyse des conditions économiques et politiques de l’industrialisation marocaine du programme de recherche « Made in Morocco » par l’étude approfondie du profil des exportations marocaines. Pour cela nous revenons dans un premier point sur le rôle des marchés extérieurs dans la stratégie d’industrialisation récente du Maroc et dressons un état des lieux de la transformation structurelle (I). Nous analysons ensuite la transformation de la structure des exportations à l’appui des critères de diversification et de sophistication (II). Puis nous mobilisons les données et critères issus des travaux sur « l’espace des produits » pour analyser, au Maroc, la relation restée ténue entre la transformation du profil des exportations et la transformation structurelle (III). Autres documents qui pourraient vous intéresser !
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