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Gouvernance d'entreprise : Que cache le discours sur la transparence ?

 
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• Type de document : Article académique
• Nombre de pages : 26
• Format : .Pdf
• Taille du fichier : 264.62 KB
Extraits et sommaire de ce document
Depuis environ deux décennies, l’exigence de transparence a envahi notre univers physique et psychique. Le phénomène est particulièrement manifeste dans le domaine de la gouvernance des entreprises. L’omniprésence de ce mot et l’absence presque totale d’esprit critique ont d’abord suscité notre agacement, puis notre suspicion : les mots n’arrivent jamais par hasard (Moreau-Defarges, 2003, p. 5).
C’est pourquoi nous avons pensé qu’ était urgent de comprendre ce qui se cachait derrière l’emploi du terme transparence. Dans cet article, nous nous efforçons donc d’identifier les origines du concept et de découvrir ses connexions théoriques avec les sciences de gestion, l’économie, voire la philosophie (1).
Nous mettons ensuite en évidence les effets pervers des discours sur la transparence : la dissimulation de luttes de pouvoirs et l’expression d’un pouvoir disciplinaire (2). La dernière partie (3) invite à rompre avec les hypothèses anti-humanistes qui sous-tendent les discours dominants sur la transparence ; nous suggérons pour cela de redéfinir la finalité de l’entreprise en termes de créativité et de rendre au concept de confiance tout son sens.
[…]
Dans une période marquée par les scandales les plus énormes, notamment financiers, l’exigence de transparence ne cesse d’enfler. Elle s’insère dans des discours chargés de connotations positives, et donc d’autant plus difficilement réfutables : qui oserait s’élever contre la demande de transparence ?
Le concept devient ainsi un idéal sans limites et l’attrait qu’il exerce décourage toute tentative de résistance de l’auditoire (Bourguignon, 2004). Nous avons cependant mis en exergue les effets pervers de la transparence et en particulier le danger d’un amoralisme généralisé.
Nous avons montré que le concept, tout au moins dans les discours dominants, s’enracine dans une vision terriblement pessimiste de la nature humaine, réduisant l’homme à un individu calculateur, enchaîné à son seul intérêt personnel, une perspective qui de fait exclut la question éthique.
Pour rompre avec une approche aussi néfaste, qui prend comme point de départ le concept d’utilité inventé par J. Bentham, nous avons à reconstruire les sciences de gestion sur des hypothèses autres. La participation, politique et fonctionnelle (et pas seulement la participation objective), constitue une condition essentielle qui à son tour exige la confiance.
La confiance au plein sens du mot : non comme le résidu de calculs sophistiqués menés par un Homo oeconomicus désincarné, mais conformément à son étymologie, un acte de foi et de liberté (Allouche et Amman, 1998 ; Bidault, 1998 ; Gomez, 1995 ; Hirigoyen et Pichard-Stamford, 1998)...
Si votre jardin est envahi de mauvaises herbes, se contenter de couper les fleurs, les feuilles ou les tiges ne vous permettra pas de vous en débarrasser. Il faut que vous extirpiez les racines. A début de notre article, nous avons présenté une fleur séduisante, la “ transparence ”.
Nous avons identifié son nom scientifique : “ l’asymétrie d’information ” et nous avons creusé jusqu’à ses racines idéologiques : “ le concept d’utilité ”. Mais n'oublions pas que ce genre de plante ne croît que sur un certain type de sol dénommé “ anti-humanisme ”. Notre article invite à labourer un nouveau champ que nous appelons “ humanisme radical ”.
Il fait donc sienne l’exhortation d’E. Morin (cité par Gibier, 2002) qui nous demande d’entrer dans une “ politique de civilisation ”, une “ politique de l’humain ” ou celle de P. Viveret qui nous propose de définir “ un nouvel humanisme ” (2002). La figure 1 ci-après résume la logique qui sous-tend le concept de transparence dans les discours dominants. La figure 2 évoque un cheminement alternatif.

1. La transparence : un concept envahissant, aux racines profondes
1.1. L’émergence d’une esthétique
1.2. Un moyen de réduire l’asymétrie informationnelle
1.3. L’obsession de la surveillance
1.4. Un concept clé : discipliner
2. Un danger : l’exclusion de toute éthique
2.1. La porte ouverte à toutes les manipulations
2.2. Les effets pervers de l’hypothèse d’opportunisme des agents
2.3. Négation de la liberté et de la responsabilité humaine
2.4. La tentation totalitaire
3. Pour une doctrine alternative de l’entreprise
3.1. Une autre finalité pour l’entreprise
3.2. Participation et confiance, deux éléments essentiels
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