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L’intelligence économique à la lumière des concepts managériaux : Cas d’une entreprise du secteur énergétique

 
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• Type de document : Thèse de doctorat
• Nombre de pages : 509
• Format : .Pdf
• Taille du fichier : 6.16 MB
Extraits et sommaire de ce document
Le concept de l’intelligence économique est issu de la pratique et défini classiquement d’un point de vue fonctionnel. Par fonctionnel il faut entendre « relatif à une activité déterminée dévolue à un élément d'un ensemble ou à l'ensemble lui-même ». En effet, la plupart des définitions de l’intelligence économique énumèrent un certain nombre de fonctions qui constitueraient, une fois assemblées, l’intelligence économique.
Par exemple, le rapport Martre (1994) donnant une définition communément admise évoque que « L’intelligence économique peut être définie comme l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l'information utile aux acteurs économiques. » Concrètement, l’intelligence économique se résumerait à la coordination du traitement, de la distribution et de la recherche d’informations. De cette définition, les auteurs ont proposé, d’une façon autonome, différentes composantes qui constitueraient ensembles l’intelligence économique :
- La veille d’abord dont Martinet et Ribault (1988) proposent la définition suivante « Une attitude organisée d’écoute des signaux provenant de l’environnement de l’entreprise et susceptible de mettre en cause des options stratégiques ». Ces éléments renvoient finalement à une collecte organisée de l’information disponible dans l’environnement de l’organisation.
- La protection du patrimoine informationnel ensuite consistant à mettre en oeuvre des actions visant à protéger le capital immatériel de l’organisation.
- L’influence comprise comme la capacité d’un individu ou groupe d’individu, par l’utilisation d’informations, à modifier le comportement d’autres individus. Cette influence englobe notamment le lobbying défini par le dictionnaire du Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales comme « la défense des intérêts financiers, politiques ou professionnels, en exerçant des pressions sur les milieux parlementaires ou des milieux influents, notamment les organes de presse »
- La gestion des connaissances enfin, traduction du terme anglo-saxon knowledge management définie par Goria (2006) comme « Un ensemble de moyens et de méthodes destinés à mieux utiliser les savoirs et les connaissances potentiellement accessibles à une organisation dans l’objectif d’améliorer ses capacités de mémorisation, d’apprentissage, de collaboration, et d’innovation à travers une meilleure gestion des actifs intellectuels et informationnels ».
Finalement l’intelligence économique serait quatre fonctions liées ; la veille, la protection de l’information, l’influence et la gestion des connaissances. Or, il s’avère que ces éléments s’apparentent à un inventaire à la Prévert8, et ne peuvent représenter en tant que telle une définition pertinente de l’intelligence économique. En effet, indépendamment, chacun de ces termes connait une multitude de définitions, ce qui limite la portée d’une approche fonctionnelle.
Par ailleurs, littérature anglo-saxonne renvoie l’intelligence économique à de nombreux termes aux sens variés. En effet, cette dernière serait la conséquence de plusieurs concepts de langue étrangère issus de champs scientifiques parfois différents, voire éloignés. De nombreux travaux américains, qui ne sont pas forcément liés, se sont intéressés à ce que les francophones qualifient d’intelligence économique, d’un point de vue fonctionnel. Une littérature relativement dense existe dans ces domaines, sous les termes de business intelligence, competitive intelligence ou organizational intelligence.
La prise de conscience des pratiques informationnelles dans la vie économique est ancienne outre atlantique, la France ayant pris un retard significatif en la matière. C’est au milieu des années 1960 que les premiers travaux anglo-saxons pouvant s’apparenter à l’intelligence économique sont publiés aux Etats-Unis, il faudra attendre le milieu des années 198010 pour que de telles réflexions soient menées en France. Le concept d’intelligence économique est né d’une tentative de traduction du passif scientifique américain en la matière, ce qui revêt certaines problématiques résumées par l’idée de Brute de Remur (2009) à ce sujet, à savoir qu’une traduction est souvent synonyme de trahison.
Cette approche fonctionnelle évoque également des pratiques et différentes communautés qui se constituent autour de professionnels se revendiquant de l’intelligence économique. Plusieurs structures proposent aux praticiens d’échanger leurs expériences en la matière en constituant par exemple des bases de données ou en organisant des rencontres autour de ces thématiques. C’est notamment le cas de la Fédération des Professionnels de l’Intelligence Economique11 ou de l’Association du Comptoir de l’Intelligence Economique.
Ces associations fédératives unissant des professionnels issus de divers horizons constituent un socle de praticiens pratiquant différentes fonctions au sein des organisations ou en tant que prestataires-consultants. Parallèlement, les acteurs des politiques publiques se sont investis en matière de promotion de l’intelligence économique au travers de la publication de deux rapports. Il s’agit du rapport Martre (1994) et de celui du député Carayon (2003). Ces documents fixent l’état des lieux des différentes pratiques d’intelligence économique en proposant des définitions englobant les fonctions qui la composent.
Ces phénomènes reflètent qu’en matière d’intelligence économique, les pratiques, au travers différentes fonctions, précèdent la théorie et les démarches de conceptualisation. En effet, le terme d’intelligence économique, très englobant pour les praticiens, est une spécificité francophone visant à agréger les pratiques informationnelles de l’organisation.
L’idée d’intelligence économique peut par ailleurs renvoyer à d’autres termes, Lesca (1992) emploie par exemple celui de Management Stratégique de l’information, le rapport Martre (1994) évoque l’ingénierie de l’information, Bournois et Romani (2000) discutent autour de l’idée d’intelligence économique et stratégique. Ces trois notions portent sur les pratiques fonctionnelles d’intelligence économique en proposant une vision véritablement conceptuelle de ces notions.
[…]
L’exposé précédent permet de dégager une problématique qui guidera l’ensemble des développements de ce document : L’intelligence économique est-elle une capacité systémique de gestion de l’asymétrie de l’information créatrice de valeur ?
L’approche francophone dominante de l’intelligence économique apparait comme fonctionnelle, influencée à la fois par une agrégation d’actions diverses, techniques ou managériales, liées à l’information et par plusieurs concepts anglo-saxons. Cette vision semble limitée car elle est la fois descriptive et éloignée des pratiques organisationnelles.
Les concepts issus des sciences de Gestion permettent aujourd’hui d’offrir des outils susceptibles de proposer une vision novatrice répondant à la fois aux exigences théoriques tout en présentant un véritable intérêt managérial. Sur ce dernier point, il s’agit de proposer un modèle permettant aux organisations de poser les bases d’une réflexion sur l’optimisation de leurs pratiques informationnelles, en matière de partage interne des connaissances ou au niveau d’une exploitation favorable de leur environnement concurrentiel.
Ces propos permettent de décliner la problématique dans les objectifs de recherche suivants:
- D’abord, le premier élément consiste à valider la gestion de l’asymétrie d’information comme l’objet de l’intelligence économique qui se présente souvent comme un certain nombre de processus étudiés indépendamment. L’idée est de proposer un socle commun source de cohérence à ces démarches perçues actuellement d’une manière éclatée.
 Ensuite, ces pratiques s’inscrivent dans un contexte d’interactions multiples, aussi bien dans le périmètre de l’organisation qu’au regard de son environnement. Le système apparaît donc comme l’outil adapté pour dompter au mieux cette complexité.
- Enfin, l’objectif est de démontrer que l’intelligence économique contribue à la création de valeur par l’organisation, entendue ici au sens large en englobant les approches économique, environnementale ou sociétale.
Ces objectifs construits en cohérence avec la problématique de recherche s’inscrivent dans une volonté de simplification et de limitation du concept d’intelligence économique qui justifie le recours à une méthodologie scientifique présentée dans le paragraphe suivant.

Première partie : L’intelligence économique : un état de l’art
Chapitre 1 : Influence pratique et approche fonctionnelle de l’intelligence économique
Section I : Les origines anglo-saxonnes du concept
Section II : Les pratiques d’intelligence économique : entre politiques publiques et acteurs économiques
Section III : L’approche scientifique de la définition fonctionnelle de l’intelligence économique
Chapitre 2 : Essai de définition matérielle de l’intelligence économique
Section I : Portée d’une approche matérielle et pluralité terminologique
Section II: L’intelligence économique à la lumière des concepts managériaux
Section III : Proposition d’une définition matérielle de l’intelligence économique
Deuxième partie : L’intelligence économique : vérification empirique d’une définition matérielle
Chapitre 3 : Contexte, positionnement épistémologique et choix méthodologiques
Section I : Posture épistémologique, stratégie de recherche et mode de recueil des données
Section II : Présentation de l’étude de cas
Chapitre 4 : Présentation des résultats et apports de la recherche
Section I : Pratiques nuancées et limites de l’approche fonctionnelle de l’intelligence économique
Section II : La pertinence de la conceptualisation de l’intelligence économique au regard des concepts managériaux
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